La Dynamique Unitaire Panafricaine (DUP) créée en 2019, réunit vingt-trois organisations africaines et afro-descendantes de diverses natures (politiques, associatives, citoyennes). Nous sommes, très honoré.es de prendre part à ce forum, ici à Caracas, ville symbole de la lutte et de la résistance à l’impérialisme américain, chef de file de ce camp. Pays à qui nous tenons à redire toute notre solidarité, à manifester notre volonté de renforcer les liens entre l’Amérique du sud et l’Afrique en lutte pour une souveraineté au service des peuples libérée de l’exploitation capitaliste. Par ailleurs, la DUP tient, particulièrement, à remercier, les camarades coréens, du Parti Démocratique Populaire, pour son soutien matériel et sans qui, elle ne serait pas présente ici.
L’Afrique, terre mère de l’humanité, est un continent profondément meurtri par près de cinq siècles de traite négrière avec la dispersion de dizaines de millions d’hommes et de femmes sur l’ensemble de la planète pour contribuer à l’accumulation du capital de l’occident, main d’œuvre gratuite pour développer les plantations et effectuer les travaux les plus durs. Ce sont des dizaines de millions d’hommes et de femmes morts durant les traversées sur les bateaux négriers. La destruction des empires (empires du Ghana, du Mali, Songhaï…) malgré une farouche résistance à laquelle se heurtent les esclavagistes, entrainant partiellement la déstructuration de la civilisation africaine.
Ce fut ensuite la colonisation, dont le processus est parachevé avec la Conférence de Berlin en 1885 qui sonne l’officialisation du partage de l’Afrique entre les puissances impérialistes. Tel un gâteau, elles se partagent le territoire africain entre la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Belgique, le Portugal, l’Italie, séparant des communautés, divisant des familles, privant des populations de l’accès à certaines richesses naturelles indispensables à leur survie. Une même communauté se trouve dispersées sur deux ou trois « pays ». Après avoir utilisé la jeunesse africaine (indistinctement appelée tirailleurs sénégalais quelques soit son origine) en première ligne des guerres impérialistes de 1914/1918 et de 1939/1945, l’administration coloniale a retourné ses armes contre les peuples africains qui espéraient à leur tour, jouir de la « liberté, égalité, fraternité » en commettant de nombreux massacres coloniaux : assassinats de près d’une quarantaine de tirailleurs sénégalais qui après avoir combattu durant la 2e guerre mondiale réclamaient leur solde qui ne leur a pas été versé en 1944. C’est le massacre par les colonialistes français en mars 1947 de 89.000 à 100.000 malgaches qui protestaient contre le travail forcé, le code de l’indigénat, la justice indigène et qui réclamaient l’indépendance. C’est encore les massacres par l’administration coloniale française en Côte d’Ivoire en 1949, à Casablanca en 1947 ou au Cameroun où une guerre coloniale eut lieu contre mon parti l’Union des Populations du Cameroun, durant dix ans, période de lutte armée qui fit plus de 500 milles morts. On peut également citer les intenses luttes menées par les ex colonies portugaises en Angola avec le MPLA, au Mozambique avec le FRELIMO, en Guinée Bissau et au Cap Vert avec le PAIGC pour arracher leur indépendance en 1974 et qui eut pour conséquence la fin de la junte militaire au Portugal.
Les indépendances ont été obtenues de hautes luttes après que les colonialistes aient pris soin d’assassiner tous les dirigeants des mouvements de libération qui incarnaient les intérêts des peuples et la rupture avec leur système c’est :
Patrice Lumumba au Congo assassiné par les colonialistes belges avec l’aide des américains le 14 septembre 1960 dont le corps a été découpé et dissout dans l’acide. Barthélémy Boganda de Centrafrique dont l’avion explose en plein vol le 29 mars 1959, la France est fortement soupçonnée. Au Cameroun c’est Ruben Um Nyobé, Félix Moumié, Ernest Ouandié tous leaders de l’UPC, qui ont été assassinés par les colonialistes français et leurs complices camerounais. Au Togo c’est SylvanusOlympio assassiné le 12 janvier 1963 par un commando avec la complicité de la France et des Etats-Unis. Enfin en Guinée Bissau, c’est Amilcar Cabral assassiné le 20 janvier 1973 par des hommes de mains des colons portugais. Partout l’impérialisme s’est appliqué à détruire méthodiquement les forces révolutionnaires porteuses d’avenir pour les peuples africains. L’impérialisme français a systématiquement utilisé cette méthode dans son pré carré françafricain, qu’il continue à dominer d’une main de fer à travers les dictateurs soutenus inconditionnellement contre leur peuple. Une fois les dirigeants révolutionnaires éliminés, la France a pu installer ces dirigeants à son service qui n’ont fait que perpétuer le système colonial jusqu’à maintenant.
La principale caractéristique des ex colonies françaises est qu’elles demeurent toutes sous la domination de l’impérialisme français même si celui-ci se trouve désormais mis en concurrence avec d’autres impérialismes et pays. Ceci est dû au fait que dans tous ces pays, des accords dits de coopération ont été passés à la veille des indépendances en 1959/1960. Il s’agit, en fait d’accords de soumission qui les lient préférentiellement dans tous domaines : économiques, monétaires (FCFA pour 15pays), militaire, social, culturel (le français demeure la langue officielle), etc… Toutes les institutions sont calquées sur celles de la France. La majorité des pays africains sont dirigés par des bourgeoisies compradores au service du capital étranger. Il s’agit de régimes politiques autoritaires voire dictatoriaux en rupture avec les intérêts des peuples, souvent très répressifs, ne permettant pas à des partis progressistes, révolutionnaires de fonctionner librement, l’ensemble des libertés publiques sont systématiquement attaquées. Plus de 60% de la population a moins de 20ans, et se trouve sous employée, 70% ont une activité dans l’économie informelle et donc très paupérisés. Soixante ans après les indépendances, la majorité des pays africains se trouvent aux mains de régimes néocoloniaux avec des économies totalement extraverties, économies de rentes et d’extraction dominées par le capital étranger, où la transformation des matières premières se fait dans les pays occidentaux qui revendent aux prix fort les produits manufacturés aux pays africains. De ce fait, l’industrie y est très faiblement développée, la classe ouvrière reste embryonnaire. L’Afrique, continent le plus riche au niveau de son sol et son sous-sol dont la population est la plus pauvre. Elle détient 30% des réserves mondiales de minerais et regorge de métaux nécessaires à la transition énergétique nickel, cobalt, graphite, pour ne citer que ceux- là or plus de la moitié de la population n’a accès ni à l’eau ni à l’électricité.
Les principaux problèmes auxquels sont confrontés les pays africains sont le fait de ne pouvoir librement choisir leurs dirigeants du fait de dispositifs et processus électoraux contrôlés par les partis au pouvoir : ce sont les pouvoirs à vie tels qu’en Guinée équatoriale avec Obiang Nguema au pouvoir depuis 43 ans, Congo Brazzaville avec Sassou Nguesso au pouvoir depuis 36ans, Cameroun Paul Biya 90 ans au pouvoir depuis 40 ans, Ouganda avec Yoweri Moseveni au pouvoir depuis 37ans. Ou encore l’imposition d’un troisième mandat en violation de la constitution entrainant des coups d’état tel qu’en Guinée Conakry, au Mali, Gabon ou au Burundi où une mascarade électorale a permis au président sanguinaire de se maintenir. Enfin les pouvoirs dynastiques tels qu’au Togo où le fils Eyadema prend la succession de son dictateur de père en 2009, ainsi que le fils Bongo qui succède à son père au Gabon également en 2009, et plus récemment le fils Deby au Tchad qui succède à son père en 2021.
L’Afrique est le continent qui affronte le plus de guerres et d’incursions de groupes terroristes (Mali, Burkina-Faso, Niger, Somalie, Soudan, Togo, Bénin, Ethiopie, Kenya, Cameroun) qui massacrent massivement les populations. Derrière tout ceci se trouvent fréquemment les impérialistes qui instrumentalisent les uns, les autres, au gré de ses intérêts. L’assaut de la France puis de l’ONU contre la Libye avec l’assassinat de Kadhafi en 2011 a durablement destabilisé ce pays et tout le continent en favorisant la prolifération des armes et le développement de groupes terroristes.
L’impérialisme reste totalement dominant sur l’ensemble du continent tant sur le plan économique où les multinationales contrôlent l’essentiel des économies africaines Union Européenne, Etats-Unis, Canada, il y a également la présence de pays que l’on ne peut pas qualifier d’impérialistes mais qui s’affirment telle que La Chine, la Turquie, le Maroc. Il y a également le plan militaire, la présence militaire américaine y est discrète mais massive avec seize bases militaires et bases aériennes pour les drones. La France est présente dans onze pays. Djibouti 23.000km2, un million d’habitants, ex colonie française, situé dans la corne de l’Afrique occupe une place stratégique centrale dans le contrôle des routes maritimes les plus empruntées au monde. Une multitude de bases militaires se trouvent dans ce pays : Etats-Unis (Africom la plus importante), France, Espagne, Allemagne, Italie, Chine, Turquie, Japon.
Grâce à ses possessions coloniales, la France est le 2è grand domaine maritime mondial avec 11millions de Km2 (derrière celui des Etats-Unis). Le domaine « français » est composé à 97% des territoires d’Outre-mer répartis sur tous les océans. Du fait de l’impérialisme français, l’archipel des Comores, qui comprend quatre iles, a été divisé. Certaines iles sont devenues indépendantes d’autres (vitale pour toutes les autres) sont restées sous domination de la France où des visas ont été imposés engendrant la mort de 5% de la population qui a pris la mer pour chercher un monde meilleur et faisant de la mer des Comores le plus grand cimetière maritime.
Face à cette situation, la DUP apporte sa contribution à la construction de véritables organisations avec des militant.es formé.es afin de conquérir la souveraineté de l’Afrique pour répondre aux besoins des peuples africains en rompant avec l’exploitation capitaliste. Nous souhaitons renforcer la solidarité dans les luttes anti-impérialistes, contribuer à la création d’une Université internationaliste ainsi que des médias progressistes pour contrecarrer la propagande impérialiste.
La DUP veut renforcer ses liens avec toutes les forces anti-impérialistes dont l’objectif est construire un ordre mondial solidaire où aucun pays ne dominera plus l’autre, dans la paix et dans l’unique objectif de répondre aux besoins sociaux des peuples.
Pour la Dynamique Unitaire Panafricaine
Augusta Epanya